L'ENTRETIEN D'EMBAUCHE

Publié le par A.Bonnard

 

L’entretien de recrutement est un acte capital de management

 

Ses objectifs sont aussi importants pour la personne qui recrute que pour le candidat.

 

 

Pour la personne qui recrute :

 

  • Vérifier que le profil du candidat correspond bien au profil défini pour le poste ;

  • Évaluer la capacité d’intégration du candidat à l’entreprise.

 

Pour le candidat :

 

  • Vérifier que le poste et l’entreprise l’intéressent ;

  • Convaincre son interlocuteur qu’il est « l’homme (ou la femme) de la situation », que son profil est le bon et qu’il est motivé ; en deux mots : être recruté.

 

L’objectif central, pour l’une et l’autre des deux personnes, est de savoir si elles peuvent s’engager, travailler et réussir ensemble. L’entretien est donc un échange d’informations entre deux personnes :

 

  • La personne qui recrute présente au candidat l’entreprise, le poste à pourvoir et ses caractéristiques. Elle a besoin de connaître et de comprendre le candidat pour savoir ce que celui-ci peut et veut faire ;

  • Le candidat donne le maximum d’informations sur son passé professionnel et ses aspirations pour l’avenir. C’est l’occasion pour lui de défendre sa candidature avec des arguments convaincants ;

  • Il a besoin de connaître et de comprendre ce que cherche le recruteur (quels enjeux, quels problèmes à résoudre, quels résultats attendus...).

 

 

 

Voici donc un certain nombre d’outils qui, utilisés par le recruteur, vont faciliter l’entretien et permettre à ces informations de s’échanger dans les meilleures conditions et de la façon la plus complète possible.

 

 

 

ATTENTION à l’idée reçue, selon laquelle il convient de mettre une pression forte sur le candidat pour évaluer sa résistance au stress. Des études ont montré qu’au bout du compte, ceux qui résistent le mieux à la pression et ceux qui s’expriment de la façon la plus satisfaisante en situation propice à la communication sont, à plus de 90 %, les mêmes.


En d’autres termes, ne vous faites pas violence, ne jouez pas les ogres.

 

 

  1. Les outils de la communication

 

A. L’attitude d’écoute

 

Cette attitude est la seule qui peut permettre une compréhension véritable de son ou de ses interlocuteurs en favorisant non seulement l’échange d’informations, mais également une communication plus authentique.

 

Elle se manifeste à travers divers comportements :

 

  • Regarder son interlocuteur (ses comportements physiques sont aussi riches d’informations

que ses paroles) ;

  • Se taire afin de mieux observer et entendre ;

  • Le laisser faire ses propres associations d’idées ;

  • Respecter ses hésitations et ses silences ;

  • Faire parfois, si nécessaire, de brèves relances suivies de silences.

 

B. La reformulation

 

La reformulation consiste à redire de manière concise et parfois plus explicite ce que l’interlocuteur vient d’exprimer de sorte à vérifier la bonne compréhension de l’échange.

 

Reformuler permet :

 

  • À l’émetteur de savoir si son message a été reçu et comment il a été compris ;

  • Au récepteur de vérifier que sa perception du message est conforme à l’intention de l’émetteur.

 

La reformulation présente trois avantages :

 

  • Elle donne à votre interlocuteur le sentiment de votre présence et lui permet de vérifier votre compréhension ;

  • Elle aide l’interlocuteur à aller plus loin, à approfondir ce qu’il pense, parfois même à prendre conscience de ce qu’il ressent ;

  • Elle sert à dépassionner, à dédramatiser.

 

Il existe plusieurs types de reformulation.

 

  • La reformulation-synthèse: C’est le type même de la vérification et du retour d’information. Elle permet de s’assurer que l’on s’est bien compris. Elle implique une écoute attentive, un effort de compréhension réel. Elle commence en général par :

« Si je vous ai bien compris... », « Vous voulez dire que... ».

 

  • La reformulation-écho: Elle reprend un mot clef de l’intervention de l’interlocuteur, ou un mot que l’on n’a pas compris. Elle permet de préciser la signification de ce qui vient d’être dit :

« J’ai finalement préféré quitter la société. - Quitter la société... ? »

 

  • La reformulation interprétative: Par cette reformulation, on va au-delà des mots prononcés par l'interlocuteur, dans le but de l’aider à formuler une idée ou une sensation qu’il lui coûte d’exprimer.

Pour cela, mettez en mots un sentiment que vous croyez percevoir chez lui :

« Quand on m’a demandé, tous les mois, de rendre compte par écrit de mes activités, je

me suis dit que la société dans laquelle je travaillais évoluait, devenait plus rigoureuse.

- Vous êtes en train de me dire que vous avez souffert de ce qui vous est apparu comme

un manque de confiance à votre égard ? »

 

Attention il faut rester prudent avec ce type de reformulation : elle ne doit pas vous conduire à faire dire à votre interlocuteur des choses qu’il ne penserait pas. Sachez toujours rester circonspect et à l’écoute.

 

C. Les questions

 

Outre la reformulation, pour amener le candidat à s’exprimer sur ses connaissances, ses compétences, son expérience, ses attentes, vous lui poserez de nombreuses questions.

 

Les questions ouvertes permettent à votre interlocuteur de s’exprimer librement, d’appréhender le sujet sous l’éclairage qui lui convient. Ce sont des questions de type exploratoire qui créent le dialogue et incitent à s’exprimer. Elles amènent des réponses riches en informations et sont introduites par un pronom ou un adjectif interrogatif :

comment ? Qui ? Quoi ? Combien ? Où ? Quand ? Pourquoi ? (C.Q.Q.C.O.Q.P.).

« Qu’avez-vous retiré de votre dernier stage ? »

« Comment se déroulent vos activités présentes ? »

 

Les questions fermées servent à obtenir une information ponctuelle, à vérifier quelque chose de précis. Elles limitent l’apport en informations et peuvent donner l’impression d’un interrogatoire si elles sont employées trop fréquemment. Le candidat y répond par oui ou par non. Elles commencent par : est-ce que ? Avez-vous ? Pensez-vous ?

On peut inclure dans la même catégorie les questions alternatives, qui proposent un

choix de réponse inclus dans la question :

« Préférez-vous vous orienter vers une activité commerciale ou administrative ? »

 

Certaines questions sont ouvertes dans leur forme mais fermées dans le fond car une

seule réponse est possible. Ce sont les questions informatives :

« Quand avez-vous intégré le service informatique ? »

« Qui était responsable de la cellule marketing ? »

 

Les questions relais servent à approfondir et à relancer l’échange à partir d’une question ouverte ou fermée : en quoi, en quel sens ? C’est-à-dire ? Dans quel domaine ?

 

Les questions orientées visent à influencer. La fiabilité des réponses n’est pas assurée :

« Ne pensez-vous pas que la concurrence peut réagir vite ? »

« Vous n’avez rien à ajouter ? »

 

Les questions culpabilisantes visent à déstabiliser et sont donc à éviter :

« Vous me dites que vous avez suivi des études universitaires. Serez-vous d’accord pour reconnaître qu’elles ne sont pas en phase avec le marché du travail ? »

 

Pour être efficaces, les questions doivent être dotées d’un certainnombre de qualités, faciles à comprendre. Ces qualités sont les suivantes :

 

  • Vocabulaire simple et concret, style direct ;

  • Question plutôt courte ;

  • Un seul problème traité par question ;

  • Sens clair et compréhensible, centré sur une réalité concrète et observable ;

  • Éviter les questions comme : « Lisez-vous beaucoup ? »« Êtes-vous bien informé ? »

 

 

  1. Le canevas de l’entretien

 

 

L’entretien de recrutement doit respecter un canevas permettant au recruteur d’obtenir le plus de renseignements possible sur le candidat, et à celui-ci de s’exprimer dans de bonnes conditions.

Voici quelques étapes facilitant un entretien:

 

  • Accueillir le candidat

Le mettrez à l’aise ; vous présenterez brièvement et indiquerez votre rôle dans le processus de recrutement ; vous direz quelques mots sur l’entreprise et nommerez, sans la détailler, la fonction pour laquelle vous avez provoqué cette rencontre ; enfin, vous indiquerez la durée approximative de l’entretien, de façon à ce que le candidat puisse s’organiser en fonction de ce temps.

 

  • Inviter le candidat à se présenter

Entamez cette phase avec une question ouverte – « Parlez-moi de vous, de votre parcours

» –, et indiquez-lui le temps dont il dispose pour le faire.

 

  • Présenter le poste

Résumé synthétique, situation dans la structure (organigramme, rattachement hiérarchique), liaisons fonctionnelles internes et externes, activités habituelles et occasionnelles, moyens mis à disposition (budget, matériel, hommes, formation), conditions de travail spécifiques (lieu, déplacements, contraintes particulières), mode de rémunération, critères d’appréciation (sur quoi la personne va-t-elle être évaluée, par qui et quand). Vous inviterez le candidat à poser des questions au fil de votre exposé. Cela lui permet d’en savoir plus mais c’est également vrai pour vous : le nombre et la pertinence de ses questions vous aident à vous faire une opinion sur ses capacités de synthèse, d’intégration et d’ouverture.

 

  • Conclure

Vous pouvez, au cours de cette phase, faire part au candidat des premières impressions que vous tirez de l’entretien, sans vous engager sur la décision à venir. Vous l’inviterez à exprimer ses propres sentiments sur l’entretien et le poste. Puis vous lui indiquerez les étapes ultérieures du processus, en en précisant les échéances.

 

 

Quelques questions à poser au cours de l’entretien

 

  • Passé professionnel

• Parlez-moi de votre expérience professionnelle.

• Quels postes avez-vous occupés jusqu’à présent ?

• Parmi ce que vous avez fait, qu’avez-vous le mieux réussi ? Le mieux aimé ?

• Pourquoi avez-vous quitté votre dernier emploi ?

 

  • Motifs de la candidature

• Qu’est-ce qui vous attire dans cet emploi ?

• Qu’est-ce qui vous a intéressé dans l’annonce que nous avons fait paraître ? Pourquoi y avezvous

répondu ?

• Que savez-vous de nous (société, produits, marché, clients...) ?

 

  • Formation

• Quelle est votre formation ?

• Avez-vous suivi des stages ?

• Parlez-vous des langues étrangères ?

 

  • Projet de carrière

• Quels sont vos objectifs professionnels à court et moyen terme ?

• Qu’est-ce qui vous permet de penser que vous réussirez dans l’emploi que nous vous proposons ?

• Comment vous représentez-vous le poste que nous vous proposons ?

 

  • Personnalité

• Quelles sont vos principales qualités ?

• Quels sont vos principaux défauts ?

• Décrivez-vous.

• Quelles sont les expériences qui ont le plus contribué à la formation de votre personnalité ?

 

  • Comportement au travail

• Comment réagissez-vous à la hiérarchie ?

• Comment organisez-vous votre travail ?

• Comment vous intégrez-vous dans une équipe ?

• Quelles sont vos capacités d’encadrement ?

 

  • Contraintes

• Quand êtes-vous disponible ?

• Acceptez-vous de voyager ?

• Avez-vous contacté d’autres entreprises ?

• Avez-vous d’autres offres ?

 

  • Intérêts extra-professionnels

• Quelles sont vos activités extra-professionnelles ?

• Parlez-moi de vos loisirs.

 

  • Salaire

• Quel était le montant de votre salaire antérieur ?

• Quelles sont vos prétentions salariales ?

 

 

  1. Qu’observer au cours de l’entretien ?

 

Si les critères de connaissances sont faciles à évaluer, ceux qui concernent le comportement le sont beaucoup moins.

Il existe trois grandes catégories:

 

  • Le fonctionnement intellectuel

Précision, sens du concret : lorsqu’il rapporte un événement, une expérience, il donne des dates, cite des noms, des chiffres, parle avec précision des matériels ou des techniques qu’il a utilisés. Organisation des idées : pour présenter un processus complexe, il annonce les points par lesquels il va passer et, ensuite, respecte ce qu’il a annoncé. Il construit des phrases complètes, structurées, ne se laisse pas emporter par les mots dans des logorrhées interminables et décousues.

 

  • Capacité d’analyse et de synthèse :

Il sait établir des liens entre plusieurs idées énoncées ou plusieurs points abordés à différents moments de l’entretien. Il effectue des reformulations rapides pour rythmer les étapes de son discours. Sens de l’abstraction, créativité : il utilise de temps à autre des images, des métaphores,

 

  • Les comportements permanents

Énergie : il sait se dépasser pour atteindre un objectif qui lui tient à coeur, et vous le prouve en parlant de ses études semées d’embûches ou des efforts qui lui ont été nécessaires pour créer un club sportif.

Autonomie : il sait travailler seul et annonce clairement qu’il a besoin d’un certain niveau de liberté pour se sentir à l’aise dans une activité.

Coopération : il sait travailler en groupe, et va au-devant de l’autre pour s’informer, l’informer, le convaincre. Il vous le montre en n’hésitant pas à vous poser des questions, ou à s’assurer que vous avez bien assimilé ce qu’il vous a dit.

Stabilité : il fait preuve de persévérance dans ses activités, suit un projet professionnel précis, une ligne directrice clairement formulée, pratique un loisir depuis longtemps.

La motivation : Une motivation intrinsèque, liée au poste lui-même : il vous pose des questions sur les activités, le rattachement hiérarchique, cherche à avoir une vision précise de ses missions et de ses activités.

Une motivation extrinsèque, plus liée aux « périphériques » du poste : salaire, avantages sociaux, horaires, localisation, image de marque, évolution professionnelle, etc.

 

De tous ces critères d’observation, aucun n’est en soi meilleur ou plus respectable que les autres.

 

En même temps, vous serez attentif à ce que nous avons appelé plus haut le langage non verbal. En soi, l’observation des gestes, du regard ou de l’attitude ne donne que peu de renseignements sur l’interlocuteur. C’est leur accord avec ce qui est dit qui renforcera la confiance envers lui. Ce que vous rechercherez, en fait, c’est la cohérence, la congruence entre langage verbal et langage non verbal.

 

ATTENTION l’idée fréquemment répandue qui veut qu’une personne aux bras croisés soit systématiquement en situation de fermeture. Elle peut tout simplement avoir trouvé là une position provisoire de repos et vous ne me convaincrez jamais que je suis incapable de disponibilité dans cette attitude, pas plus que vous ne me forcerez à croire qu’il me suffirait d’ouvrir les bras pour me retrouver subitement en état d’écoute totale.

 

 

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